samedi 5 avril 2025
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Mort d’Amadou Bagayoko, membre du légendaire duo de musiciens aveugles Amadou et Mariam

Le chanteur malien Amadou Bagayoko est mort ce 4 avril à l’âge de 70 ans des suites d’une maladie, a annoncé sa famille. Époux de la chanteuse Mariam Doumbia, le duo s’est imposé sur la scène internationale après un long début de carrière en Afrique, d’abord avec la chanson « Mon amour, ma chérie » en 1998, puis en 2004 avec l’album « Dimanche à Bamako » produit par Manu Chao.

Amadou Bagayoko, qui formait avec sa femme le légendaire duo de musiciens aveugles Amadou & Mariam, est décédé vendredi à Bamako à l’âge de 70 ans des suites d’une maladie, a appris l’AFP auprès de sa famille et du gouvernement malien. « Il était souffrant depuis un certain temps », a déclaré à l’AFP son beau-fils, Youssouf Fadiga. Le ministre malien de la Culture, Mamou Daffé, a confirmé son décès à l’AFP, exprimant sa « consternation ».

« Il ressentait une fatigue importante (et) a été transporté à la clinique. Il est décédé dans l’après-midi de façon subite à Bamako », a déclaré à l’AFP leur manager basé en France, Yannick Tardy, après avoir eu Mariam au téléphone.

Manu Chao, qui a produit l’album iconique Dimanche à Bamako a fait part de son « infinie tristesse » sur le réseau social X. « On sera toujours ensemble… Avec toi partout où tu iras », a-t-il écrit.

Jeunesse en musique

Amadou Bagayoko est né à Bamako, le 24 octobre 1954. Il montre très vite des prédispositions pour la musique : après avoir commencé par apprendre les percussions dès l’âge de deux ans, il passe à l’harmonica et à la flûte à dix ans. Mais un de ses oncles possède un instrument qui l’attire plus que tout : une guitare. Pendant son adolescence, il écoute les disques de Jimi Hendrix, Led Zeppelin, John Lee Hooker, Eric Clapton, se laisse entraîner par les musiques cubaines et, bien sûr, par la chanson malienne. À partir de 1968, il prend part à plusieurs formations musicales : l’orchestre national du Mali, les orchestres de Niarela, de Koutiala.

De 1974 à 1980, il joue également au sein des Ambassadeurs du Motel, l’une des formations les plus en vue au Mali qui a compté Salif Keïta parmi ses membres, et avec laquelle il joue en France, en Côte d’Ivoire, en Guinée Conakry, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Parallèlement, ayant perdu la vue pendant son adolescence à la suite d’une cataracte congénitale, il entre en 1975 à l’Institut des jeunes aveugles de Bamako. Auréolé d’un début de succès et surtout passionné par la musique, Amadou séduit Mariam Doumbia, qui deviendra sa femme.

À l’Institut, l’accent est mis sur la musique : les élèves forment la troupe de l’Institut en 1976 que dirige Amadou, puis, en 1977, un orchestre dont Mariam est la chanteuse principale. Ces formations présentent des spectacles et animent des campagnes de sensibilisation à la vie des aveugles. 1980 marque le début de leur duo : à la ville, puisqu’ils se marient cette année-là, et sur scène puisqu’ils donnent leur premier concert en couple au stade de Bobo-Dioulasso.

Lauréat du concours Découvertes de RFI en 1982

Chef d’orchestre de la formation Miriya, créée en 1981 et composée uniquement de musiciens aveugles, Amadou est promu directeur technique du groupe artistique de l’Institut, supervisant ainsi la troupe théâtrale, l’ensemble instrumental et l’orchestre moderne. La même année, il est élu secrétaire général de l’AMPSA (Association malienne pour la promotion sociale des aveugles). En 1982, il est lauréat du concours Découvertes organisé par RFI et obtient le prix ACCT (Agence de coopération culturelle et technique).

Alors que leur carrière prend de l’ampleur sur le continent africain, c’est en 1997 qu’ils enregistrent leur premier CD, distribué en Europe, qui sort en 1998. Intitulé Sou Ni Tilé (Nuit et jour) et composé en partie d’anciens morceaux, il contient notamment la chanson Mon amour, ma chérie qui les fait connaître rapidement. La même année, ils se produisent aux Transmusicales de Rennes. Peu de temps après paraît le CD Se Te Djon Ye qui réunit d’anciens enregistrements, puis un nouvel album en 1999 : Tje Ni Mousso (L’homme et la femme). Leur carrière commence à prendre une dimension internationale : ils sont invités à jouer Festival international de Louisiane, en Allemagne. Le succès planétaire est survenu en 2004 avec Un Dimanche à Bamako, la chanson-titre d’un disque produit par Manu Chao qui a eu un véritable coup de foudre en découvrant leur musique. Le couple remporte le prix du meilleur album world de l’année des Victoires de la Musique en mars 2005.

Welcome to Mali, présence scénique dans le monde entier

Le couple malien revient sur le devant de la scène avec un nouveau projet discographique intitulé Welcome to Mali, qui sort en novembre 2008. Cet opus est réalisé par Marc-Antoine Moreau et Laurent Jaïs qui avaient déjà travaillé avec Manu Chao sur Dimanche à Bamako. Le premier extrait de cet album est Sabali, produit par Damon Albarn, un titre pop, témoignage enthousiasmant de la mixité des cultures, si chère au Britannique. On note aussi la collaboration du reggaeman Tiken Jah Fakoly, du rappeur somalien K’Naan, des chanteurs Keziah Jones, Juan Rozoff et Matthieu Chedid.

Le couple se produit sur scène partout dans le monde. On le retrouve notamment en première partie du groupe britannique Coldplay, pour sa tournée américaine en juillet 2009, mais aussi en décembre, lors du concert du prix Nobel de la Paix décerné cette année-là à M. Barack Obama, président des États-Unis. Amadou et Mariam se produisent également au concert de célébration de l’ouverture de la Coupe du monde de football en juin 2010 en Afrique du Sud.

Folila, l’album « cross-over »

Le couple revient avec un nouvel album intitulé Folila (Faire la musique en bambara) en mars 2012. Enregistré entre New York, Bamako et Paris, ce disque rassemble une liste d’invités prestigieux, fruit de leurs multiples rencontres artistiques. On retrouve à la réalisation de plusieurs titres Bertrand Cantat, ex-leader de Noir Désir, comme sur le premier extrait Oh Amadou. Les Maliens Idrissa Soumaoro et Toumani Diabaté viennent apporter la touche africaine. Pour ce 7e opus très « cross-over », Amadou et Mariam ont aussi invité la chanteuse américaine Santigold, les New-Yorkais de TV on the radio, le soulman Amp Findler, le rappeur Theophilius London, Jake Shears du groupe Scissor Sisters ou encore la chanteuse britannique Ebony Jones. Ce disque où se croisent des musiciens rencontrés au hasard des festivals que le couple écume depuis de nombreuses années prône toujours les valeurs qui sont chères à ces Maliens devenus citoyens du monde, la solidarité, l’amour, la démocratie, etc.

Forts de ce nouvel album, Amadou et Mariam reprennent leurs concerts, en France et dans le reste de l’Europe, mais aussi en Amérique du Nord où ils se produisent durant l’été 2012.

Après d’autres projets musicaux et plus d’une trentaine de concerts plus tard, en septembre 2024 parait un best of intitulé La Vie est belle, incluant quelques inédits. Lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Paris, Amadou et Mariam interprètent une version de Je suis venu te dire que je m’en vais de Serge Gainsbourg. Comme un adieu tristement prémonitoire.

M. B.